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Tremblements et stupeur

Depuis la France on imagine une vibration dans le sol, deux trois chocs sourds, des étagères qui se vident et un paysage qui danse. Et l’on se dit que l’on aimerait bien vivre cette sensation de fin du monde… sans fin du monde. Et bien un « terremoto » de force 7,4 sur l’échelle de Richter , qui compte 9 barreaux, (8,8 à l‘épicentre) cela ressemble exactement à cela. Les cris, l’excitation et la peur en plus. Tout bouge, TOUT, et on oublie instantanément toute idée de maîtrise car rien n’est envisageable. Il faut attendre, subir et ne RIEN faire. Le choc initial et ses répliques obligent à ne rien faire, tout s’immobilise, l’eau se coupe, l’électricité l’accompagne, les commerces, administrations, infrastructures, plus personne ne sort dans la rue, les familles se réunissent et s’inquiètent ensemble.
Dans ces jours de patiente espérance, la radio donne le ton et l’on reconnaît la belle mentalité chilienne. Au milieu des prix qui montent en flèches, des images catastrophiques et des alertes diverses émergent les amis, voisins, cousins et inconnus qui partagent un conseil, une anecdote, une blague et je me suis rendu compte que tout fait partie d’un scénario mille fois envisagé.
Peu de gens vivent en appartements, chacun a une réserve de nourriture, d’eau, de piles et d’humour réservée pour cette occasion. De fait, tous ont vécu un tremblement de force 8,4 en 1985 et chacun se souvient de SES tremblement de terre, où, avec qui, comment. Mes chers beaux parents changent régulièrement les 80 litres d’eau de la réserve, la voisine offre l’eau de son puits, le boulanger pétrit à la main le pain de la rue, les collectes se mettent en place et la conclusion est évidente. Tout passe.
Un tremblement de terre 500 fois plus fort que celui de Haïti ne provoque « que » 800 morts, essentiellement dus aux tsunamis et en moins d’un semaine tout fonctionne a peu près normalement autour des chantiers de reconstruction.

Le Chili est un beau pays, ses habitants sont magnifiques.

Au moment de cet évènement nous étions au lit, nous dormions et Alejandra m’a sauté dessus, littéralement, et m’a gentiment hurlé « vistete » (habille-toi en gaulois) car je dors nu. Nous avons couru trois mètres jusqu’à la porte du salon pour nous bloquer sous la poutre maîtresse, dans le chambranle de la porte , avec ses parents. Et tout tombe, vibre, bouge dans un bruit assez semblable à celui d’un train passant sur des rails en mauvais état. Je me suis donc imaginé dans le train diesel qui sort de la gare Saint Paul, j’ai soutenu Silvia et ma femme, admiré Tucapel qui soutenait la télévision et attendu la station suivante. Nous nous sommes assis dans le salon redevenu immobile, avons partagé un verre en écoutant la radio et nous sommes repartis nous coucher vers 4h30.
Les jours suivants, n’ayant rien à faire dans des centres villes dévastés, se sont écoulés paisiblement dans un quartier solidaire. Une fois revenue l’électricité et un peu de réseau nous avons put communiquer et rassurer nos familles. les choses se stabilisent dix jours plus tard et mettront deux ou trois ans avant de revenir à la normale, en attendant le suivant.

Il faut reconnaître que si nous avons évité de camper sur la côte en plein épicentre c’est grâce à Alejandra qui une semaine auparavant a jeté le gant et mis fin au voyage en vélo pour passer plus de temps avec sa maman. Juan, cycliste espagnol que nous avions rencontré peu avant a tout perdu sauf la vie, il continuera avec nos sacoches et une bonne histoire de vague géante.


1 Comments Add Yours ↓

  1. CHEYNET #
    1

    Revenez vite à Lugdunum !
    Vincent et Sophie



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