A 23 ans Célia vit au Chiapas. Avec Giovanni, Rosa-Maria et Carmen, ses trois enfants. Elle est partie de chez elle car son mari, son petit ami du lycée, la bat, ainsi que les enfants. Son père, qui la battait, ne la soutient pas et veut qu’elle rentre chez son mari. En effet, sinon il devra rembourser les 10 000 pesos (500 euros) qu’il a touché au moment du mariage. Le village soutient le mari, la femme doit subir et tenir.
Une association locale l’a transporté en secret dans un refuge. Refuge pour femmes battues et jeunes filles où elle a passé trois mois enfermée de peur que son mari ou sa famille ne la retrouve. Elle parle de femmes couvertes de cicatrices, d’elle obligée de dormir dehors avec ses enfants, de son mari plombier qui gagne bien sa vie, rentre chez lui, mange seul, et cherche à récupérer la dot. Bientôt, elle aura un rendez vous durant lequel les enfants renieront leur père.
D’une manière plus générale, elle nous parle des pueblitos, ces villages isolés dans la montagne et dans la forêt. Trop importants pour que tout le monde se connaisse, trop petits pour être pris en charge par l’Etat. Des groupes politiques se forment, PRI et PRD, et s’affrontent pour faire échouer les projets des autres. On parle ici de personnes assassinées, de bureaux brûlés, de vols et d’agressions. Cela
se déroule dans le Chiapas des coopératives, des initiatives autogérées, des organisations militantes anti-globalisation et des exemples de solidarité active. Mais dans certains villages, la police n’existe pas, la justice reste le fait du plus fort. Il s’agit ici d’exemples impunis de vols, qui dérivent en meurtres brutaux, dont les responsables vivent sereins. Ils ne sont pas dénoncés. Aucune milice ne peut s’organiser faute de moyens et de temps. L’armée, la police fédérale, dont les présences au Chiapas sont sujettes à caution, restent cantonnées sur les axes routiers refaits à neuf récemment. Impossible d’occuper ce type de villages très étendus en lisière de forêt. Espace sauvage relativement impénétrable qui permet à qui le souhaite de s’échapper assez facilement.
Célia a fuit. Elle est triste d’avoir laissé sa mère. Elle se sent seule et s’accroche à l’emploi trouvé par l’assistante sociale et l’avocate de l’association. Elle s’attache à ce petit hôtel et Alejandra l’a convaincue que ses enfants ont intérêt à être inscrits à l’école. Nous passons 5 nuits dans cet endroit. Ce qui correspond à sa première semaine de travail depuis sa sortie du refuge. Puis nous partons, loin.